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Introduction
L'anorexie mentale (AN) demeure l'un des troubles psychiatriques les plus difficiles à traiter, caractérisée par une forte hétérogénéité de réponse thérapeutique. Malgré des traitements fondés sur les preuves, tels que la thérapie cognitivo-comportementale améliorée (CBT-E), les résultats varient fortement d’un patient à l’autre. La présente étude prospective vise à identifier les prédicteurs de la réponse au traitement intensif par CBT-E chez des patients souffrant d’anorexie mentale, en s’intéressant notamment aux caractéristiques démographiques, cliniques et psychosociales évaluées au moment de l’admission.
Méthodologie
Échantillon: l’étude repose sur une cohorte prospective de 421 patients (96,2 % de femmes) âgés de plus de 16 (âge moyen = 25,4 ans ; SD = 10,3), admis entre 2016 et 2023 au Villa Garda Hospital (Italie) pour un traitement intensif de la CBT-E.
Intervention clinique: le programme thérapeutique consistait en 13 semaines d’hospitalisation complète suivies de 7 semaines de soins en hôpital de jour, avec un suivi facultatif de 20 semaines en ambulatoire (20 séances).
Mesures: l’indice de masse corporelle (IMC), le questionnaire EDE-Q (psychopathologie des troubles alimentaires), le BSI (psychopathologie générale) et le CIA (altération du fonctionnement global).
Design: cohorte prospective à trois temps de mesure
- T1: avant traitement
- T2: fin de traitement
- T3: suivi à 20 semaines
Critères de résultat:
- bon résultat à l’IMC: IMC ≥ 18,5;
- réponse complète: IMC ≥ 18,5 + score EDE-Q < 2,77);
- guérison complète: critères cliniques stricts de Bardone-Cone (c.-à-d., les critères de l’anorexie mentale et de la boulimie mentale ne sont plus rencontrés, IMC ≥ 18,5, les scores au sous-échelles de l’EDE-Q sont dans la norme de la population).
Résultats principaux
Parmi les 421 patients, 82,7 % ont complété le traitement intensif et 70,6 % ont participé à l’évaluation de suivi à 20 semaines. À la fin du traitement (EOIT), 83,2 % des patients ont atteint un bon résultat IMC, 63,3 % ont obtenu une réponse complète et une guérison complète. Au suivi de 20 semaines, ces chiffres tombaient respectivement à 58,7 % et 51,5 %, démontrant un maintien partiel des acquis thérapeutiques.
Les analyses de régression ont révélé que l’IMC initial plus élevé était un prédicteur significatif d’un bon résultat IMC, tant à la fin du traitement qu’au suivi. Une psychopathologie des troubles alimentaires moins sévère (score EDE-Q plus bas à l’entrée) prédisait également une réponse et une guérison complètes. De plus, la magnitude du changement d’IMC et d’EDE-Q durant le traitement était corrélée positivement aux résultats au suivi. En revanche, ni l’âge, ni la durée de la maladie, ni les scores BSI et CIA n’étaient des prédicteurs significatifs.
Discussion
Trois conclusions principales se dégagent de l’étude. D’abord, aucun facteur clinique ou démographique initial n’était associé aux abandons de traitement. Cela contraste avec certaines études antérieures suggérant que la motivation au changement pouvait influencer le maintien en thérapie. Ici, le protocole exigeait un engagement explicite du patient envers la prise de poids avant l’admission, ce qui pourrait expliquer l’absence de prédicteurs d’abandon.
Deuxièmement, la réponse thérapeutique était fortement influencée par l’état initial du patient, notamment un IMC plus élevé et une moindre sévérité psychopathologique. Cela suggère qu’une intervention précoce, avant que l’IMC ne chute drastiquement ou que la psychopathologie ne se renforce, pourrait optimiser les résultats même en milieu hospitalier. Les patients avec un profil clinique moins sévère bénéficient davantage de la CBT-E, ce qui invite à considérer l'urgence de l'intervention thérapeutique dans les trajectoires de soins.
Troisièmement, les résultats à la fin du traitement ont été maintenus partiellement après 20 semaines, même si certains bénéfices ont diminué. Les analyses longitudinales ont confirmé une amélioration significative des symptômes sur l’ensemble des échelles mesurées (IMC, EDE-Q, BSI, CIA), bien que la trajectoire de progression ralentisse après la phase intensive. Cela souligne l’importance d’un suivi thérapeutique post-hospitalier structuré pour consolider les gains obtenus.
Forces et limites de l’étude
La principale force réside dans l’ampleur de l’échantillon (n = 421), la nature prospective du recueil de données, et l’utilisation d’un traitement fondé sur les preuves dans un cadre clinique réel. De plus, la méthodologie statistique rigoureuse incluant l’imputation multiple des données manquantes et les modèles mixtes accroît la robustesse des résultats.
Cependant, plusieurs limites doivent être mentionnées : (1) la durée relativement courte du suivi (20 semaines), ne permettant pas d’évaluer la stabilité à long terme des résultats ; (2) l’absence de données sur des variables potentiellement importantes comme la motivation au changement, les traits de personnalité ou l’environnement familial ; (3) l’impossibilité d’évaluer précisément l’impact des séances de CBT-E ambulatoires après l’hospitalisation.
Conclusion
Cette étude démontre que l’IMC initial et la sévérité de la psychopathologie alimentaire sont des prédicteurs puissants de la réponse au traitement intensif par CBT-E chez des patients souffrant d’anorexie mentale. Les améliorations observées durant le programme hospitalier ont un impact durable à court terme, surtout chez les patients moins sévèrement atteints à l’entrée. Ces résultats soulignent l’importance d’une prise en charge précoce, personnalisée et proactive dans le traitement de l’AN, en particulier via la CBT-E.
La recherche future devrait porter sur des suivis plus longs, inclure davantage de variables psychosociales et explorer l’efficacité coût-bénéfice des programmes combinant hospitalisation et suivi ambulatoire structuré.
Source :
Calugi, S., Cattaneo, G., Chimini, M., Dalle Grave, A., Conti, M., & Dalle Grave, R. (2025).Predictors of intensive enhanced cognitive behavioral therapy for anorexia nervosa: A prospective cohort study.International Journal of Eating Disorders, 58(8), 1513–1522.