Quels sont les objectifs du CEPIA en ce qui concerne l'organisation francophone des soins relatifs aux TCA ?
Le CEPIA est le centre de connaissances interdisciplinaires constitué d’une équipe au service des professionnels de la santé pour la prévention, la prise en charge précoce et le traitement des problèmes de poids, de l’image du corps et de l’alimentation. Il a pour objectif de créer et développer une offre d’informations et de formations suivant une approche ascendante de collaboration avec le terrain professionnel, tant dans la conception des matériaux que dans leur mise en œuvre.
L’équipe du CEPIA s’engage à fournir des informations, des formations, des conseils étayés et a organisé un réseau de référents pour les troubles du comportement alimentaire et du poids. Le SPF Santé publique a publié en juin 2022 des recommandations concernant les troubles alimentaires de l’enfant et l’adolescent. Ces recommandations concernent également le jeune adulte et l’adulte. Un Centre de connaissance flamand « Eetexpert » (www.eetexpet.be) existe depuis plus de 15 ans et a montré son utilité pour fédérer les différents professionnels autour de pratiques recommandées et a construit un réseau de référents.
Le CEPIA va se concentrer sur la prévention des problèmes de poids, de l’image du corps et de l’alimentation et en renforçant la prise en charge des personnes et leurs proches souffrant de problèmes de poids, de l’image du corps et de l’alimentation. Le CEPIA vise à améliorer la santé physique et psychosociale de la population wallonne.
La vision du CEPIA sur la prévention et l’approche des problèmes de poids, de l’image du corps et de l’alimentation se caractérise par différentes actions de base :
- Promouvoir la santé, sur le plan somatique, psychologique et social. Cela se fait par des changements durables dans le mode de vie, et en prêtant attention aux différentes composantes du mode de vie.
- Se concentrer sur le renforcement de la personne et de son autonomie, grâce à une bonne connaissance des facteurs de risque pour les problèmes de poids, de l’image du corps et de l’alimentation.
- Soutenir une prise en charge appropriée et large des comportements problématiques, qui vise à rétablir la croissance et la santé sous tous ses aspects : somatique, psychologique et social (OMS).
- Soutenir une organisation des soins fondée sur les principes de l’échelonnement des soins, de la continuité des soins et de la coopération multidisciplinaire.
Cette vision large devrait permettre de s’inscrire dans la nouvelle politique des soins en santé mentale qui doit partir d’une approche globale et intégrée de toutes les composantes de soins (désinstitutionnalisation, inclusion, décatégorisation, intensification et consolidation (Guide vers une nouvelle politique de la santé mentale pour les enfants et les adolescents, 2015). Il est un appui inter-réseaux des Réseaux de soins en santé mentale wallon, spécifique et novateur des problèmes de poids, de l’image du corps et de l’alimentation.
Organisation francophone avant la COMSMEA
Depuis 2000, Eetexpert travaille en Flandre en tant qu'organisation partenaire du gouvernement flamand et partenaire du gouvernement fédéral pour développer une bonne organisation des soins pour les troubles alimentaires à tous les niveaux de soins. Il relie les travailleurs de la prévention, les prestataires de soins et les politiques à un réseau flamand sur les problèmes alimentaires et de poids. Il tient également à jour une liste de référence flamande.
L’association de patients de l’ANBN offre des services complémentaires étendus aux demandeurs d’aide, aux parents et aux patients dans tous les environnements de soins.
Et au-delà de la Flandre?
En Wallonie et dans la Région de Bruxelles-Capitale, il n'existe pas encore de coordination ou de réseau structuré pour les problèmes de poids, de l'image du corps et des troubles alimentaires.
En 2022, le CEPIA a été créé en vue de développer une action analogue à celle d'Eetexpert. Le CEPIA travaille avec le soutien du gouvernement wallon. Le CEPIA se donne notamment pour objectif de développer des stratégies de traitements basées sur des équipes multidisciplinaires spécialisées, dans chaque Réseau de soins en santé mentale. Ces équipes seront à la disposition de tous les patients et de leurs proches, ainsi que du personnel de santé confronté aux troubles alimentaires et aux problèmes de poids. Cela devrait permettre une prise en charge précoce et une diminution de la morbidité et de la mortalité. Les premières tâches seront de dresser un inventaire des services ambulatoires et hospitaliers, de développer une offre de formation et de fournir des lignes d’assistance aux prestataires de soins.
L’association MIATA (créée en 2006) s’adresse aux parents confrontés à un trouble alimentaire chez leur enfant, à l'entourage de manière générale, et également aux personnes atteintes d’un trouble du comportement alimentaire depuis 2022. Elle offre des services étendus aux demandeurs d’aide, aux parents et aux patients dans tous les environnements de soins.
LA COMSMEA
Suite au groupe de travail créé pour la COMSMEA (Commission pour la nouvelle politique de santé mentale pour enfants et adolescents), des propositions concrètes ont été faites pour le développement des soins dans le domaine des troubles alimentaires en Belgique. La synthèse de la COMSMEA est téléchargeable ci-dessous.
Renforcement de la détection précoce et des soins en ambulatoire par l’intermédiaire des Réseaux de soins en santé mentale
La COMSMEA préconise d’impliquer les psychologues conventionnés dans le processus des soins ambulatoires précoces pour les troubles alimentaires. Ces psychologues fourniraient des soins à court terme pour les questions alimentaires et les problèmes alimentaires légers. Ils pourraient le faire en groupe et en "outreaching" pour toucher tous les jeunes qui n’arrivent pas nécessairement dans le parcours de soins. Cela se déroulerait en collaboration avec les Réseaux et ce, afin d'effectuer un démarrage de soins rapides pour les problèmes alimentaires légers et les troubles des conduites alimentaires naissants. La création d'équipes d'accompagnement par province pourrait être encouragée sous forme de mini-conventions INAMI en lien avec les réseaux de santé mentale des jeunes. Ces équipes soutiendraient les prestataires de soins ambulatoires spécialisés dans les troubles du comportement alimentaire qui ont (temporairement) besoin de plus d'expertise/intensité dans leur processus de traitement. Ces équipes pourraient également fournir des soins supplémentaires au patient et à sa famille, renforcer la pratique ambulatoire, et si nécessaire, elles pourraient également assurer une action de proximité dans le contexte du patient.
Proposition de parcours de soins pour les troubles alimentaires en résidentiel, en centre de jour et avec les familles
La COMSMEA plaide en faveur d’une convention pour les troubles des conduites alimentaires les plus graves qui nécessitent une admission. Afin de fournir de meilleurs soins appropriés, la COMSMEA plaide en faveur d'une gamme de services plus large dans le cadre des soins de troisième ligne : la thérapie résidentielle/de jour et la MFT (TMF en français : thérapie multi-familiale). Les patients pourraient passer d’un type de traitement à un autre en fonction de leurs besoins. Lors du suivi du plan thérapeutique, il s'agirait de réfléchir à la thérapie la plus appropriée pour le patient afin d'assurer un bon rétablissement et un transfert optimal de celui-ci, à son domicile. L'objectif serait, d’une part, d’éviter que les patients restent hospitalisés plus longtemps que nécessaire, et d’autre part, de permettre de travailler le plus vite possible dans le contexte du patient.
Utilisation de la MFT (Thérapie multi-familiale intensive)
La thérapie familiale intensive de groupe (I-MFT) est un service de soins proposé par les équipes de troisième ligne pour renforcer le contexte familial. Il comprend 4 journées complètes consécutives avec 6 séances de retour pendant 6 mois. Ce programme peut être autonome dans l'offre de soins au patient et à sa famille, mais il peut aussi être proposé pour renforcer une offre résidentielle ou thérapeutique de jour.
Suivi des patients là où ils se trouvent par les équipes de liaison
Les patients souffrant de troubles du comportement alimentaire se rendent dans des lieux de soins très différents pour eêtre hospitalisés : souvent en pédiatrie, en médecine interne ou en endocrinologie à l’hôpital général. Parfois ils s'adressent à des services de psychiatrie générale, mais aussi à des services de placement, de soins spéciaux pour les jeunes, etc. En raison de la complexité des troubles alimentaires, une expertise supplémentaire est souvent nécessaire auprès des équipes spécialisées en troubles alimentaires. Les ressources des équipes de liaison seraient très utiles pour un partage de connaissances avec les équipes qui ne sont pas spécialisées dans les troubles alimentaires, afin que les jeunes puissent être aidés. Le défi consiste maintenant à apporter les ressources de liaison aux services où se trouvent les jeunes. La COMSMEA estime que le soutien de liaison doit eêtre lié aux équipes spécialisées dans les troubles alimentaires (10 équipes suprarégionales) et que celles-ci doivent mettre leur expertise à la disposition des équipes de soins ayant besoin d'un soutien spécialisé.
Organisation et objectifs actuels
Un secteur en pleine évolution
Au vu des besoins urgents dans le secteur des TCA, le CEPIA a décidé de baser son travail sur des objectifs rapides et concrets, à partir des recommandations de la COMSMEA, ainsi que des publications du BASO (Belgian Association for the Study of Obesity), et du NEDC (National Eating Disorders Collaboration) en Australie.
Dans cet esprit, un schéma d'organisation francophone de prise en charge des troubles alimentaires a été élaboré lors d'un premier groupe de travail du CEPIA. Il a pour objectif de mettre en place une réorganisation efficace de la prise en charge des TCA.
Prise en charge des TCA
Quoi ?
- Message uniforme
- Renforcement des jeunes
- Environnement de vie sain
Où ?
Réseau : coordination entre les différents domaines d’action
Comment ?
Formations :
- Responsables politiques
- Cours de formation à la santé
- Prestataires de soins (facteurs de protection et facteurs de risque)
Quoi ?
- Investir plus tôt et plus fortement dans la détection des signaux
- Développement de stratégies systématiques
- Développer un travail au plus près du patient et de sa famille
Où ?
Réseau : points d'accès clairs et accessibles
Comment ?
- Fournir des informations et des formations aux soignants des 1ère, 2ème et 3ème ligne
- Centre de soins primaires : s’interroger sur le comportement alimentaire et la satisfaction corporelle + soutien aux travailleurs
- Intégration d’un module fixe dans la formation des médecins généralistes
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Il est également possible de télécharger ce schéma au format PDF ci-dessous.
Contexte
Les troubles du comportement alimentaire se caractérisent par une prévalence élevée (estimée à 1/5) à une étape vulnérable de la vie entre 12 et 22 ans (Nagl et al., 2016). Ils sont associés à une récupération lente (5-7 ans) et seule une minorité des personnes atteintes a accès aux soins (1/3). Les troubles du comportement alimentaire sont associés à une lourde charge de morbidité pour le jeune et sa famille, ont un fort impact sur tous les domaines de la vie et sont associés à un risque important de suicide. En outre, avant même la période Covid 19, les prévisions étaient déjà alarmantes : la prévalence des troubles du comportement alimentaire devait augmenter par cohorte - tous les 10 ans (Treasure J. et al., 2020, The Lancet).
En Belgique, les enquêtes de santé 2013 et 2018 ont inclus le SCOFF, un court instrument de dépistage de cinq questions qui dépiste les signes de troubles du comportement alimentaire. Comme prévu, le pourcentage de la population belge qui présente des signes de troubles du comportement alimentaire est le plus élevé dans le groupe d'âge le plus jeune (15 à 24 ans) (13,7% et 16% pour les filles). En outre, de nombreux jeunes sont à risque : l'étude HBSC est une étude de cohorte internationale à grande échelle sur divers paramètres de santé. En 2013 et 2018, la satisfaction corporelle et le comportement sur les réseaux ont également été inclus. Environ la moitié des adolescents flamands indiquent qu'ils ne sont pas satisfaits de leur corps (2014 : 51,1% ; 2018 : 48,7%). En outre, davantage de jeunes en 2018 (20,6 %) ont indiqué suivre un régime alimentaire par rapport à 2014 (16,5 %). Étant donné que l'insatisfaction corporelle et les régimes sont des facteurs de risques majeurs pour les problèmes d'alimentation et de poids, nous devons rester vigilants pour que les efforts de prévention de l'obésité ne renforcent pas ces risques.
Les résultats de la sixième enquête de santé (Sciensano) pendant la crise coronavirus montrent que, par rapport à 2013 (8%) et 2018 (7%), il y a une augmentation du pourcentage (11%) de personnes dans la population belge qui présentent des signes d'un trouble alimentaire (identifié par le SCOFF). Parmi les participants âgés de 18 à 29 ans, 18% semblent être à risque.
Des études internationales (Taquet, Geddes, Luciano & Harrison, 2021) indiquent également que l'incidence d'un premier diagnostic de troubles du comportement alimentaire était plus élevée en 2020 par rapport à 2019, 2018 et 2017. Il était 15% plus probable de recevoir un diagnostic de trouble alimentaire pour la première fois en 2020 qu'en 2019 (risque relatif : 1,15%). Le risque relatif d'être diagnostiqué comme souffrant d'un trouble alimentaire a également augmenté tout au long de l'année 2020. Le risque était particulièrement accru chez les jeunes filles âgées de 10 à 19 ans et plutôt associé au diagnostic d'anorexie mentale.